Le Bénin s’inscrit dans une dynamique d’accélération de la réduction des décès maternels et néonatals. Au cours des cinq dernières années, chercheurs, professionnels de santé et décideurs se sont réunis pour explorer une nouvelle approche visant à identifier les causes profondes de ces tragédies et à mettre en œuvre des interventions ciblées. Résultat : une baisse de 24 % des décès de bébés survenant avant ou pendant l’accouchement ainsi que des nouveau-nés durant leur première semaine de vie.
Les succès sont racontés par les professionnels de santé eux-mêmes. « Actuellement, je peux vous assurer que l’hémorragie de la délivrance n’est plus la première cause de décès maternels chez nous », affirme avec fierté Dr Bernardin Aoué, gynécologue au Centre hospitalier départemental du Zou. Il a partagé « la recette » lors de l’atelier de dissémination des résultats de l’initiative Action Leveraging Evidence to Reduce Perinatal Mortality and Morbidity in Sub-Saharan Africa (ALERT), tenu le 12 décembre 2024.
« Nous avons mené une revue à haut impact sur l’hémorragie de la délivrance. Tous les cas, qu’ils aient abouti à des décès ou non, ont été regroupés. Les données sur les pratiques actuelles dans la maternité ont été comparées aux normes de prise en charge pour identifier les écarts. Ces écarts ont ensuite fait l’objet de discussions approfondies entre tous les acteurs afin d’en déterminer les causes profondes. »
Depuis 2013, le Bénin a institutionnalisé la Surveillance des décès maternels/néonatals et riposte (SDMR), un mécanisme permettant de recenser les décès, d’en analyser les causes et, sur cette base, de formuler et de mettre en œuvre des recommandations pour les éviter. Mais la nouvelle méthodologie, co-créée par le Centre de recherche en reproduction humaine et en démographie (Cerrhud) et les acteurs du système de santé, va plus loin.

Une approche proactive et préventive
Cette nouvelle approche encourage l’apprentissage à partir des succès et des cas critiques avant qu’ils n’aboutissent à des décès.
En effet, chaque jour, des femmes frôlent la mort dans les hôpitaux mais survivent grâce aux efforts des équipes médicales. De même, des incidents tels que des chutes de table d’accouchement suscitent des réactions mais restent souvent sans suite.
Par le passé, une telle situation n’aurait été prise en compte pour un audit que si la femme en décédait. En règle générale, il fallait encore attendre qu’un incident entraîne un décès pour qu’il fasse l’objet d’un véritable audit et que des mesures correctives soient mises en place.
Cependant, dans une revue à haut impact, « il est clair qu’il faut examiner ce type de situation, en analyser les causes profondes et les corriger avant qu’elles n’entraînent des dommages irréparables », souligne Dr Christelle Boyi Hounsou.
Dans les départements du Littoral, du Mono, du Zou et de l’Ouémé, cette méthode a permis de mettre en lumière des problèmes sous-jacents tout en tenant compte des contraintes socio-économiques. « Nous avons analysé les cas de prééclampsie et d’éclampsie sévères. Aujourd’hui, un kit de sulfate de magnésium est disponible à la pharmacie pour les femmes en difficulté financière. Elles peuvent le rembourser avant leur sortie », témoigne Prisca Sehlouan, sage-femme.
Une dynamique collective
Avec la revue à haut impact, une attention particulière est portée sur la mobilisation effective des parties prenantes, une analyse fondée sur les données, une préparation rigoureuse, la responsabilisation, la documentation et le suivi des actions.
« Il peut y avoir de petits problèmes susceptibles d’entraver la qualité des soins et qu’il faut approfondir. C’est ce qui nous a conduits à organiser, après la revue à haut impact, une réunion d’interface trimestrielle réunissant tous les services cliniques. Chacun y exprime ce qui ne va pas, nous identifions des plans d’amélioration et responsabilisons des personnes pour le suivi », explique Denadi, sage-femme.
Cette approche pourrait devenir un modèle pour d’autres établissements de santé confrontés à des défis similaires en matière de santé maternelle. « La Surveillance de la mortalité et de la morbidité maternelles nous a permis d’identifier des causes habituellement superficielles. Après 10 ans, il est temps d’examiner plus en profondeur afin de détecter les causes profondes, les corriger et passer à d’autres problématiques », souligne Dr Romuald Bothon, chef du service de santé maternelle et infantile à l’Agence nationale des soins de santé primaires (ANSSP).
L’enjeu est crucial : s’assurer que chaque femme qui entre dans une maternité en ressorte vivante et en bonne santé, avec un bébé en pleine forme. Car, au-delà des statistiques, ce sont des vies et des rêves qu’il faut protéger et sauver, dans un pays qui place la femme au cœur de sa transformation sociale et culturelle ainsi que de son développement. Un pays qui souhaite renforcer considérablement son capital humain grâce à des fils et des filles en bonne santé, capables de révéler tout son potentiel.